L’histoire du saxophone

Une histoire des plus intéressante


Adolphe Sax atelier

L ‘aventure du saxophone a débuté en 1846 lorsqu’Adolphe Sax son inventeur, qui était acousticien, musicien et facteur d’instrument de la Belgique, dépose un brevet pour un instrument qui allait révolutionner la musique quelques années plus tard. Certes, il n’en était pas conscient à ce moment là, mais c’est en réalité ce qui s’est bel et bien passé.

Ce que cet inventeur de talent recherchait à travers son invention c’était d’abord un nouvel instrument qui donnerait un meilleur équilibre au niveau de la dynamique sonore entre la famille des bois et celle des cuivres tout en offrant un nouveau timbre jusqu’alors jamais entendu dans le groupe des aérophones. Il  travailla avec le cuivre comme matériau, persuadé que cette matière donnerait la puissance recherchée, Il donna au corps du saxophone une forme conique pour aider à la projection sonore. Il utilisa également le système de clés que l’on retrouve sur les instruments de la famille des bois, ainsi qu’un bec et une anche semblables à ceux d’une clarinette pour la production du son. Ce qui rend cet instrument hybride (bois-cuivre) différent pour sa puissance à celle des bois, c’est le fait qu’Adolphe Sax ait agrandit la perce de l’instrument tout en lui donnant la forme conique. Cette idée lui a permis par le fait même de donner une plus grande projection du son. Mais ce concept permet aussi à l’instrumentiste d’utiliser une clé d’octave au lieu d’une clé de quinte comme sur une clarinette. C’est le but que recherchait par Sax lors de ses recherches sur le saxophone. Notons aussi qu’il a fabriqué deux séries de saxophones. Une première série où on retrouvait des saxophones en Do et en Fa. Cette série était destinée aux orchestres symphoniques. La deuxième série, qui est celle que nous utilisons aujourd’hui, nous donne des instruments accordés en Mi bémol et en Si bémol. Sax les réservaient plutôt pour les fanfares militaires. Les musiciens de l’orchestre symphonique n’ayant démontré que peu d’intérêt pour les saxophones dans les années qui ont suivie, les principaux facteurs d’instruments ont cessé de les fabriquer après les années 1930.

Enfin, Adolphe Sax avait aussi comme idée de rapprocher la famille des saxophones avec celle des cordes en leur donnant une tessiture aussi étendue que cette famille d’instrument. C’est pour cette raison entre autre qu’il en a fabriqué de plusieurs tailles différentes. Plus tard il établira avec des amis compositeurs comme Jean-Baptiste Singelée entre autre, les bases de ce que sera le quatuor de saxophones. Il ne sera donc pas étonnant par la suite de voir un répertoire aussi riche pour la musique de chambre avec les possibilités d’étendue des 4 principaux saxophones réunis. On pense ici au soprano, à l’alto, au ténor et au baryton.

Parmi les autres réalisations de notre inventeur, il y a le saxhorn qu’il ne faut pas confondre avec le saxophone car celui-ci fait partie de la famille des cuivres.

Exploration au niveau de la facture

Adolphe Sax médaillon

L’aventure de Sax, notre inventeur prolifique, amène celui-ci à construire plusieurs saxophones dont quelques uns ne sont plus utilisés aujourd’hui.  On retrouve le sous-contrebasse, excessivement rare, en Si bémol, puis le contrebasse, lui aussi très rare, en Mi bémol. On tend à le remplacer aujourd’hui par le tubax de perce plus étroite et de volume plus petit et plus facile à manipuler. Il y a aussi le saxophone basse en Si bémol, assez rare aussi mais que l’on commence à entendre de plus en plus dans les grands ensembles de saxophones aujourd’hui. Puis il y a le saxophone baryton en Mi bémol, le saxophone ténor en Si bémol, le saxophone en Do surnommé le « C-mélodie » et non transpositeur. Cet instrument est très rare aujourd’hui. Il y a le saxophone alto en Mi bémol, le mezzo-soprano en Fa qui est lui aussi pratiquement introuvable. Le saxophone soprano en SI bémol. Il y a aussi le saxophone sopranino en Mi bémol qui n’est pas beaucoup utilisé. Enfin, on a le sopranissimo en Si bémol parfois appelé le soprillo.

Les musiciens ayant préféré le soprano, l’alto, le ténor et le baryton, fait que les compositeurs se sont concentrés eux aussi sur ces derniers. Il faut dire que les possibilités au niveau de l’étendue des 4 instruments sont très intéressantes et semblables au quatuor à cordes. Ayant chacun un ambitus de 2 octaves et demi, les 4 instruments réunis offrent un grand intérêt au niveau de l’écriture.

Même avec son jeune âge (un peu plus de 160 ans), le saxophone possède un répertoire classique qui est considérable et de qualité. Il s’étend de la période romantique à nos jours.  Il comprend de grandes œuvres pour saxophone et orchestre comme le Concerto en Mi bémol d’Alexandre Glazounov et le Concertino Da Camera de Jacques Ibert parmi les plus intéressants et les plus connues. On peu penser aussi aux grands compositeurs comme Bizet, Berlioz, Ravel et Debussy qui ont su reconnaître les possibilités remarquables du saxophone et son timbre particulier, en l’intégrant dans leurs œuvres.

Malgré cela, un problème s’est posé pour le saxophone et son intégration au sein de l’orchestre symphonique. C’est que celui-ci est arrivé trop tard pour y être accepté en permanence. Cette grande formation ayant déjà ses bases établies, le principal répertoire ne justifie malheureusement pas son utilisation. Il occupe donc une place plutôt marginale et est sous-représenté dans cette formation. Les grands orchestres présentent surtout un répertoire centré la plupart du temps sur la période classique et romantique qui est assez vaste.

Qu’à cela ne tienne, le saxophone a su tirer son épingle du jeu dans la musique moderne et en jazz. Il demeure l’instrument le plus entendu en musique contemporaine en tant que soliste et aussi dans la musique de chambre. En jazz il est l’instrument préféré de tous les temps.

Les grands interprètes du saxophone

Pour qu’un instrument soit connu et apprécié des musiciens et compositeurs, ça lui prend de bons interprètes. Adolphe Sax contribua grandement à développer et faire connaître son instrument entre autre par son enseignement au Collège Militaire rattaché au Conservatoire de musique de Paris. Il y enseigna entre 1857 et 1870. Durant cette période, il a formé plusieurs saxophonistes de talents qui ont surtout performé au sein d’ensembles militaires. Il y fit écrire également par ses amis compositeurs différentes pièces de concours pour l’instrument et aussi pour ensembles de saxophones. Il publiera plus tard lui-même des pièces de Jean-Baptiste Singelée, Arban Demersseman, Mohr et Savari. Il s’agit d’un répertoire de la période romantique qui reflète assez bien le mouvement musical de cette époque.

En 1870 la guerre est déclarée et les musiciens du Collège Militaire sont rappelés à leurs régiments. La classe de saxophones fut fermée et avec comme  conséquences que tous les efforts de Sax furent anéantis pour développer et faire connaître l’instrument.

En 1899, une américaine du nom d’Elise Hall d’origine française décide d’apprendre un instrument sur recommandation médicale et elle choisit le saxophone. Grande mélomane et riche héritière, elle fonde un orchestre amateur qu’elle nomme le « Boston Orchestral Club ».  Son objectif était de faire connaître son nouvel instrument et aussi de contribuer au développement culturel de son pays d’adoption.  Ce qui est remarquable chez elle est d’avoir commandé quelques 22 œuvres pour saxophone qui seront écrites entre 1900 et 1918. Ces oeuvres sont signées par les principaux compositeurs connus de son époque. Parmi les plus importants on peut noter Claude Debussy (Rhapsodie) , André Caplet, Florent Schmitt (Légende) , Vincent D’Indy (Choral varié) Charles Loeffler (Divertissement espagnol) Georges Longy (Lento en Do mineur) et Gabriel Grovlez. On peut donc dire qu’à sa façon Elise Hall a contribué à développer le répertoire concertant pour saxophone.

Dans la même période, c’est-à-dire au début du 20e siècle, on commençait à entendre une nouvelle musique d’un tout autre style que l’on appelle aujourd’hui le jazz. C’est avec cette nouvelle forme d’expression que les musiciens apprivoisèrent le saxophone qui est encore aujourd’hui l’instrument le plus utilisé dans ce répertoire.

Du côté de l’Europe, il faudra attendre en 1942 à la réouverture de la classe de saxophones au Conservatoire de musique de Paris avec l’engagement de
Marcel Mule (1901 – 2001) pour que le saxophone reprenne ses lettres de noblesse.  Ce français, passionné de l’instrument, a grandement contribué au développement du saxophone par son enseignement et par les nombreux concerts à travers le monde. Il a également adapté de nombreux ouvrages pour l’instrument. Sa virtuosité et le nouveau timbre de l’instrument a inspiré plusieurs grands compositeurs de l’époque à lui dédier des œuvres. C’est ainsi qu’il devient le premier interprète du célèbre « Quatuor de saxophones » d’Alexandre Glazounov en 1932. On peu noter également le « Concerto » de Pierre Vellones créé en 1935, le « Concertino » d’Eugène Bozza en 1937 et aussi « La Ballade » de Tomasi en 1938.

Pour ce qui est de l’Amérique, c’est un dénommé Sigurd M. Raschèr , saxophoniste danois né en Allemagne en 1907, qui fera connaître le saxophone par son enseignement et ses nombreux concerts. Il a enseigné à l’École de Musique de Manhattan, L’Université du Michigan et à l’École de Musique d’Eastmen. Il participe aussi au développement du répertoire du saxophone en commandant à Jacques Ibert son célèbre « Concertino da camera », l’une des oeuvres de saxophone les plus jouées dans le monde. Il commande aussi le « Concerto en Mib »  à Alexandre Glazounov.  Il faut donc reconnaître l’importance des compositeurs mais aussi des grands interprètes du saxophone pour le développement de celui-ci.

Sans en faire une liste exhaustive, il serait intéressant de nommer les principaux interprètes qui ont marqué le saxophone chacun dans leurs styles musicaux respectifs. Ceux qui ont apporté une contribution exemplaire au répertoire soliste et orchestrale et qui ont suscité chez nos grands compositeurs un intérêt à faire reconnaître les qualités incontestables du saxophone.  Parmi nos pionniers en musique classique figurent Marcel Mule, Sigurd Raschèr, Daniel Deffayet, Jean-Marie Londeix, Eugène Rousseau, Fred Hemkey, Donald Sinta.

En musique de jazz : Ben Webster, Lester Young, Coleman Hawkins, Charlie Parker, John Coltrane, Stan Getz, Wayne Shorter, Michael Brecker.

Ils ont tous fait rayonner le saxophone de façon phénoménale à travers le monde par leurs qualités impressionnantes d’interprètes, mais aussi par leurs recherches communes au développement des styles et de la musique en général.

Liste de quelques saxophonistes les plus influents par styles musicaux et par instruments. :

Au soprano en jazz :
Sidney Béchet – John Coltrane – Wayne Shorter –Steve Lacy- Dave Liebman

Au soprano en classique :
Marcel MuleSigurd RaschèrDaniel Defayet – Donald Sinta – Fred Hemkey – Claude Delangle –  Jean-Yves Fourmeau

À l’alto en jazz :
Charlie Parker – Phil Woods – Art Pepper – Cannonball Adderley – Ornette Coleman – Eric Dolphy – Steve Coleman – Kenny Garret – David Binney.

À l’alto en classique :
Marcel MuleSigurd RaschèrDaniel DeffayetJean-Marie Londeix
Eugene RousseauJean-Yves Fourmeau – Claude Delangle –  Pierre Bourque – Daniel Gauthier

Au ténor en jazz :
Ben Webster – Coleman Hawkins – Lester Young – Dexter Gordon –John Coltrane, Stan Getz – Sonny Rollins – Wayne Shorter – Michael Brecker

Au baryton jazz :
Harry Carney – Gerry Mulligan – Pepper Adams

Saxophonistes québécois :

D’excellents interprètes qui ont contribués et qui contribuent encore aujourd’hui à faire connaître le saxophone, soit par leurs enseignements ou encore par les concerts et enregistrements.

Musique classique :

Arthur RomanoPierre Bourque – Gerald Danovitch – Nick Ayoub
Jacques LarocqueRémi MénardClaude Brisson –  Jean Bouchard
Quatuors de saxophones : Pierre Bourque – Gerald Danovitch – QuasarNelligan Saxium – Nota BeneSeptune

Musique de jazz :

Nick AyoubJean-Pierre Zanella – Richard Beaudet –  Rémi Bolduc
Yannick RieuAndré LerouxFrançois Théberge – François D’Amours

Le saxophone MIDI

ewi4000

Dans les années 1980 le fabricant Yamaha met sur le marché un instrument électronique destiné spécialement aux saxophonistes. Le système MIDI (musical instrument digital interface) qui offre de nouvelles possibilités au niveau de la communication entre les claviers synthétiseurs est déjà utilisé depuis 1982.  Le principe s’étend au niveau du saxophone qui devient un contrôleur à vent MIDI. Le premier modèle s’appelle le WX 11 qui doit, pour générer des sons, être relié à un générateur de son, le WT 11. Cet instrument transmet des données sous une forme numérique à un générateur de son MIDI. Les doigtés de l’instrument correspondent exactement au système standard Boehm. Le WX 11 offre une étendue de 7 octaves et de touches semblables au saxophone. Le bec de l’instrument est lui aussi ressemblant avec une anche en plastic. Celle-ci est reliée à un capteur qui donne une impulsion électrique lorsque l’on souffle dans l’appareil.

Yamaha améliore son invention avec le temps en offrant les modèles WX 5 et WX 7 avec les expandeurs VLM 70 qui offrent encore plus de liberté au niveau des paramètres d’expression.

Parallèlement au WX 7, l’inventeur et musicien Nyle Steiner met au point un contrôleur à vent capable de piloter lui aussi un module de son. De concept différent, Le clétage de l’instrument est fixe et n’offre pas d’action à la manipulation. C’est seulement le touché à des clés de métal qui donne une impulsion électrique. L’embout est en caoutchouc et le vivrato ainsi que les nuances sont obtenus par un capteur électrique.

Le fabricant Akaï reprend l’invention de Steiner et le développe avec le saxophoniste de jazz américain Michael Brecker. Le modèle exploré s’appelle le EWI (electronic wind instrument). Ce qui fait la différence marquée avec le modèle Yamaha, est que l’EWI possède 8 octaves et peut produire des accords de 4 sons. La grande virtuosité de Brecker et sa démonstration sur vidéo d’une pièce de Duke Ellington « In a sentimental mood » en 1986 a rapidement séduit les saxophonistes de l’époque. La vague du jazz fusion des années 80-90 aidant, et la formation « Steps ahead » de Michael Brecker très populaire dans ces années, a permis d’offrir une visibilité à cet instrument. Les nombreux concerts et enregistrements qu’ils ont effectués avec Brecker au EWI, ont permis aux saxophonistes de vite découvrir les nouvelles possibilités de cette invention remarquable.

D’autres modèles de l’EWI ont été mis au point depuis sa sortie. Toutefois, il faut croire que ce magnifique instrument aura peut-être le même sort que le saxophone à l’orchestre 100 ans plus tôt et sera peut-être oublié de plus en plus. Le jazz actuel étant revenu à un son plus acoustique fait, encore une fois, que les musiciens ont tendance à délaisser l’instrument. Toutefois, ce qu’il nous aura permis de découvrir, c’est le génie inventif de l’homme et la créativité des musiciens. Aux compositeurs maintenant d’en faire une démonstration à leur tour !!!

Pour ceux qui désirent en savoir davantage sur cet instrument et sa technique, ou qui aimeraient écouter et visionner des extraits musicaux, je vous invite à parcourir le site collaboratif   »  Akai EWI 4000s  » dédié à l’EWI. Un site très complet !

Écouter : In a sentimental mood / (Duke Ellington)

Partition : In a Sentimental mood

(Transcription : Denis Gagnon)
Interprètes :
EWI : Denis Gagnon
Guitare synthétiseur : Ghislain Simard

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